bouts de vie

Un pas de plus …

Je me suis déjà présentée dans les grandes lignes. 

Aujourd’hui, j’avais envie d’en écrire un tout petit peu plus…

C’est ce que je ferai d’ailleurs, de temps en temps, pour alimenter cette rubrique « Bouts de vie ». 

Je me sens plus animée par l’intention de partager certaines pages sombres mais aussi d’autres lumineuses de ma vie que par celle de me mettre en avant. C’est tout l’inverse même.

Non, je souhaite sincèrement témoigner pour, tant que faire se peut, ouvrir un espace à la parole, à l’écriture surtout et, ainsi, vous permettre à vous de vous identifier. Parce que c’est en partie ce processus, l’identification, qui nous permet de nous sentir moins seul dans des situations difficiles. De nous sentir appartenir. C’est l’un de nos besoins vitaux pour grandir, nous construire, nous réparer. Un besoin nécessaire pour avancer.

J’envisage ce blog comme un journal de bord de tout ce qui m’anime; il est intime, bien sûr, et en même temps, il est ouvert sur le monde et les autres. 

Puisque l’un ne va pas sans l’autre… 

J’aime parler de l’enfant intérieur parce que c’est souvent lui qui a peur dans le coeur de  l’adulte. Il vit à l’intérieur de nous, en chacun de nous; nous avons tendance à l’oublier, il est là pour nous le rappeler.

Quoi que cet enfant ait vécu, je trouve qu’écrire sur ses souffrances passées aide à le libérer… Cela aide aussi à comprendre, à structurer sa pensée et à s’ouvrir à de nouvelles perspectives. Parce qu’il y en a toujours. Elles ne sont pas évidentes d’emblée, mais elles existent.

Alors, à la question qui me taraude depuis longtemps, à savoir pourquoi j’oserais à mon tour trouver ma place de cette façon, en écrivant sur les sujets qui me tiennent le plus à coeur et qui me passionnent, j’ai répondu par une autre question : et pourquoi pas ?

C’était il y a 30 ans, déjà.

J’avais 10 ans le jour où j’ai arrêté de manger pour me protéger. Pour me rassurer.

Pour faire taire la peur sourde et envahissante qui me poursuivait depuis longtemps déjà. Parce que cette peur me soufflait que manger risquait de me rendre malade.

Par conséquent, pour éviter d’être malade, j’arrêterais de manger. C’était aussi simple que cela. D’une logique implacable pour moi.

Dans mon esprit d’enfant, je ne savais pas.

Je ne savais pas qu’arrêter de manger me détruirait, entraînerait des conséquences lourdes pour ma croissance, ma vie de jeune fille et de femme et abîmerait mon corps, mon coeur et mon esprit. Lentement mais sûrement.

Je ne savais pas, alors peu à peu, j’ai appris. Souvent dans la détresse, et la plupart du temps dans la solitude.

Dans la panique aussi, avec désormais la conscience accrue de risquer ma vie à trop vouloir la contrôler.

J’ai eu besoin d’apprendre pour comprendre et me réapproprier ma vie, apprivoiser mes peurs, vivre avec et avancer, parce que j’ai réalisé un jour que si ma vie n’avait plus tenu qu’à un seul fil dans les périodes alimentaires les plus restrictives, et que si ce mince souffle de vie ne me quittait pas, c’est que j’avais encore des choses à accomplir.

Ici et maintenant.

Il m’aura donc fallu des années pour mettre des mots sur tous ces maux, dans tous les domaines, à tous les niveaux. 

Je me suis perdue à trop vouloir me convaincre que je faisais partie des jeunes filles anorexiques avec lesquelles il m’est arrivé de partager des groupes de paroles. 

Mais je ne me reconnaissais pas, jamais. Et je repartais encore plus dévastée.

J’ai compris plus tard que le choix de maigrir n’est pas la seule cause de l’anorexie. En tout cas, ce n’était pas la mienne. Je n’ai aucun souvenir, à 10 ans à peine, de m’être soucié de mon image ou de celle de mon corps à ce point. Non, c’était autre chose.

C’est pour cela que je ne partageais pas totalement les souffrances des jeunes filles côtoyées lors des groupes. 

J’ai découvert, en partie je pense, cette cause. 

J’en reparlerai plus longuement lorsque j’aborderai les différentes blessures qui nous empêchent d’être…

Et pour moi, celle du rejet est la plus profonde. 

Celle de la trahison n’est pas mal non plus, suivie de près par celle de l’abandon et de l’humiliation.

Quant à celle de l’injustice, elle est aussi bien placée.

Aujourd’hui, l’équilibre est encore fragile, très.

Un seul grain de sable et la machine s’affole. 

Une forte émotion et la même question lancinante de ma place refait surface.

À quoi tout cela peut bien servir, après tout, si je ne me sens pas à ma place, si je ne sers à rien , tout court… autant m’effacer, c’est ce que je sais le mieux faire.

Dans ces moments, je laisse faire; je laisse la vague me traverser, je respire, je rassemble les ressources de ma boîte à outils et je récupère de l’énergie. De la confiance. 

Parce que l’adulte sait aujourd’hui que ces histoires dans ma tête ne sont que des croyances d’enfant meurtri. Elles sont tenaces, voraces, mais ce ne sont que des croyances. 

Alors je continue d’avancer, de me dire que chaque jour compte vraiment et que l’impermanence dans nos vies est l’un des meilleurs apprentissages vers la transformation de soi, l’amélioration, l’acceptation des épreuves. L’acceptation de ce qui est. 

C’est le travail de chaque jour, celui de toute une vie aussi.

Je me suis toujours sentie différente, à côté de la plaque, à vif, passionnée, inadaptée, bâillonnée par loyauté familiale, trop ceci ou trop cela, en manquant cruellement de ceci ou de cela. Perfectionniste sans jamais réussir à être parfaite…

Je me suis révoltée, en silence, contre les étiquettes qui me collaient tant : anorexique, spasmophile, hypersensible, multi potentiel… de quoi s’y perdre. 

Puis, peu à peu, sans les revendiquer non plus, j’ai avancé avec elles pour leur donner aussi du sens, après tout…

Je n’aime pas les étiquettes. Mais ces mots m’ont permis de nommer les troubles qui me hantaient et j’en ai fait des défis à traverser.

Des messagers sur mon chemin.

Pas le choix pour rester vivante…

Après m’être passionnée pour la nutrition, la santé, la petite enfance et la parentalité, à mon tour, j’ai accompagné., pendant plusieurs années.

Aujourd’hui, je laisse la place à d’autres aspirations; du moins, je m’y autorise, même si la démarche reste timide.

Un indice : j’aime écrire… Lire et écrire, mes deux soupapes.

La honte qui m’habitait depuis l’enfance m’a longtemps empêchée de trouver ma place, de la prendre.

Je n’en suis pas totalement affranchie. Certains jours, elle m’enveloppe jusqu’à me glacer le sang. Et là, impossible de faire un pas en avant. 

Ces jours-là, je lui parle à cette honte. Elle peut difficilement faire pire que de me donner envie de tout lâcher, alors autant la prendre avec moi puisque c’est elle qui ne me lâche pas. Et nous avançons tant bien que mal l’une à côté de l’autre. 

C’est vrai, je me sens tellement plus légère quand elle s’efface et que je retrouve la capacité d’oser…

Mais j’ai l’impression qu’on a signé un contrat à vie elle et moi, alors autant ne pas m’acharner à la dégager, cela lui donnerait d’autant plus d’importance.

C’est pourquoi je me lance aujourd’hui, avec ce dont je peux témoigner, ce que j’ai à proposer et que j’organise peu à peu, animée de l’envie de témoigner, d’écrire et d’accompagner les personnes qui se reconnaîtront et qui le souhaiteront.

J’essaie de me lancer enfin dans cette deuxième moitié de vie qui me tend les bras en osant poser d’autres repères concrets sur le chemin de mon accomplissement.

Je le sais encore long.

Prenez soin de vous, à tous les niveaux de votre être.

À très vite…

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