Auteur,  lectures et chroniques,  MARTIN-LUGAND Agnès

Les gens heureux lisent et boivent du café – Agnès Martin-Lugand

J’étais curieuse de découvrir l’histoire qui se cachait derrière ce titre accrocheur; je découvrais le premier roman d’Agnès Martin-Lugand ainsi que l’autrice.

Le résumé de 4e de couverture :

Diane a brusquement perdu son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son coeur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Egarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. Afin d’échapper à son entourage, elle décide de s’exiler en Irlande, seule. 

Mais, à fuir avec acharnement la vie, elle finit par vous rattraper…

« J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. 

Et depuis un an, je me répétais tous les jours que j’aurais préféré mourir avec eux. Mais mon coeur battait obstinément . Et me maintenait en vie. Pour mon plus grand malheur. »

Mon avis et ressenti…

Le supplice d’une maman ayant perdu Clara, sa fillette de 6 ans.

Celui d’une épouse ayant perdu Colin, son mari, l’amour de sa vie.

Diane a mal, tellement mal. Elle se consume à l’intérieur. Son coeur a explosé, lui retirant le moteur même de l’enthousiasme et de la joie de vivre: l’envie.

Elle n’a plus envie de rien. De travailler, de manger, de penser. De vivre.

Depuis le drame, les jours s’étirent entre les cigarettes cramées, l’alcool, les souvenirs… Son appartement lui-même s’est figé dans le temps. 

Malgré sa détresse, Diane traverse son double deuil avec courage.

Peu à peu, elle prend conscience du besoin de se remettre en mouvement, de défier sa peur de se retrouver seule, indépendante, à devoir tout assumer.

Elle a toujours eu du mal avec ça, ses parents le lui rappellent encore…

Aidée et soutenue par son meilleur ami, Félix, l’idée émerge dans sa tête de partir. Elle décide de quitter Paris et le café littéraire ouvert grâce aux encouragements et à l’aide financière de Colin, peu de temps avant l’accident.

L’Irlande sera sa destination. C’est son doigt posé au « hasard » sur la carte qui l’a dit. 

Enfin, au hasard….

« Je n’arrive pas à croire que vous ne reviendrez jamais. Je passe ma vie à vous attendre. Tout est prêt, à la maison, pour vous… On me dit que ce n’est pas normal. Alors, je vais m’en aller. Tu te souviens, Colin, tu voulais qu’on aille en Irlande, j’ai dit non, j’étais bête… j’y vais pour quelques temps. Je ne sais pas où vous êtes, tous les deux, mais j’ai besoin de vous, surveillez-moi, protégez-moi. Je vous aime… ».

Malgré la désapprobation de Félix quant à son départ, la rudesse du climat irlandais et celle du tempérament de son voisin à Mulranny, Diane trouve refuge  dans le cottage cosy qu’elle a loué pour une durée indéterminée.

Là, entourée de ces murs protecteurs, elle chavire entre descente aux enfers et moments de renaissance, d’apaisement. Tour à tour, le coeur de Diane se brise et se remet à battre. 

Elle traverse les jours de son mieux.

Elle se rappelle, elle pleure. Beaucoup. 

Elle n’en a peut-être pas tout à fait conscience encore, mais ses plaies cicatrisent peu à peu, tout doucement.

Et Edward, celui-là même qui lui semblait dangereux au début de leur rencontre, sera un phare dans sa tristesse, ses prises de conscience et ses idées pour l’avenir. Grâce à lui, elle retrouve la force de décider, de renoncer aussi. De partir à nouveau. De quitter pour accomplir le reste du chemin jusqu’à la paix. Pour se retrouver elle-même et poursuivre sa vie là où tout s’est arrêté.

Elle a besoin de retrouver Paris, son café littéraire, son cocon finalement.

Lui redonner vie à lui aussi, après avoir été littéralement abandonné aux mains de Félix, plus soucieux de multiplier les conquêtes que de prendre soin du petit commerce.

Et j’ai pris une claque en lisant ce roman.

Le drame, la perte injuste d’un enfant. L’envie de mourir. 

Diane souffre tellement qu’on souffre avec elle.

Et la douleur prend aux tripes. Dès les premières phrases.

Diane parle souvent à Colin et Clara, comme pour mieux sentir leur présence dans le désespoir du manque. Et ses mots sont aussi poignants qu’ils l’aident à avancer. Oui, elle avance à bâton, sans trop savoir vers où ni vers quoi. Mais elle sent qu’elle va y arriver.

Le deuil fait son chemin, au fil des jours et des décisions.

Accompagné de son meilleur allié : le temps…

Peut-être retrouvera-t-elle Edward, en route…

Une histoire forte, une femme courageuse que je vous invite vivement à rencontrer, pour son travail de résilience et sa personnalité si attachante.

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